Soutenir le rouble et les devises des autres exportateurs d’énergie

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Précédemment, vous avez mentionné que les monnaies d’un certain nombre de pays exportateurs d’énergie, par exemple le Venezuela, l’Iran, la Malaisie, l’Indonésie, la Russie et l’Équateur, ont fortement chuté face au dollar américain. Cet essai explore les raisons qui se cachent derrière ce mouvement baissier, et brise le mythe selon lequel chaque devise est unique et indépendante, affirmant au contraire que ce phénomène résulte d’une action organisée par une des parties.

Le responsable du décrochage des devises précédentes (ainsi que de celle de l’Argentine) est le Trésor américain. L’attaque a eu lieu sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), et sur son cousin britannique, le plus gros marché des changes du monde, qui a augmenté sa part dans le volume global de transactions de 34,5 % en avril 2007 à 36,7 % en avril 2010. Le poids de Londres sur ce marché est déterminant dans la cotation de la devise, qui est en général le prix de marché londonien. Cela affecte même les opérations du Fond monétaire international (FMI), qui utilise les prix cotés à Londres à la mi-journée pour calculer la valeur des droits de tirage spéciaux.

A peu près toutes les transactions sur devises ont lieu sur ces deux marchés, et, en règle générale, les devises se négocient comme les matières premières, avec seulement 0,1 % de marge requise. De surcroît, ces deux marchés sont situés sur des territoires hostiles au groupe BRICS, à l’Organisation du traité de sécurité collective et à l’Organisation de coopération de Shanghai.

Ce qu’il faut, c’est un mécanisme qui déplace les transactions sur le rouble à Moscou, et à Moscou seulement.

De la même manière, les échanges sur le yuan doivent avoir lieu à Shanghai ou Hong Kong, sur le rial iranien à Kish, sur le peso argentin à Buenos Aires, sur le rand sud-africain à Johannesburg, sur le sucre équatorien à Quito, sur le bolivar vénézuélien à Caracas, et sur le réal brésilien à Rio.

Ce qu’il faut, c’est un mécanisme qui élimine les ventes à découvert « nues » tout en permettant la négociation de biens physiques.

Comme pratiquement toutes les devises étudiées ici sont des monnaies fiduciaires qui ne sont adossées à aucun étalon, j’affirme que les principes épousés par la théorie monétaire moderne s’appliquent.

Les principes clés de cette théorie relatifs aux monnaies fiduciaires sont les suivants :

  1. les monnaies fiduciaires ont de la valeur, car les États souverains exigent le paiement des impôts et taxes dans ces monnaies ;
  2. les monnaies fiduciaires ont de la valeur, car les États souverains imposent que ces monnaies soient acceptées en règlement des dettes publiques et privées ;
  3. les monnaies fiduciaires ont de la valeur, car les États souverains détiennent le monopole sur leur émission.

Pour maximiser la valeur et l’utilité d’une monnaie fiduciaire, l’État doit maximiser aussi le volume des biens et services négociables dans cette monnaie, et doit se protéger jalousement contre l’émission de sa monnaie par des tiers.

Dans le cas du rouble, la maximisation des biens et services négociables implique d’exiger le paiement en roubles pour tous les biens et services que la Russie produit, importe ou exporte. En particulier, cela signifie :

  1. demander le paiement en roubles pour les exportations en énergie ;
  2. exiger des fournisseurs de la Russie qu’ils acceptent d’être payés en roubles ;
  3. éliminer la capacité des banques à créer des roubles par un jeu d’écritures comptables lors de l’attribution de prêts, en imposant une réserve de 100 % pour toutes les banques opérant dans la zone monétaire du rouble, y compris les banques étrangères.

De plus, la Russie doit se réindustrialiser et développer son agriculture, pour que sa production puisse combler la demande domestique en produits finis et alimentaires. Cela nécessitera de redéfinir les obligations de la Russie au sein de l’OMC.

Pour protéger ses réserves en devises étrangères et le taux de change du rouble, la Russie doit éliminer les ventes à découvert nues, et maximiser la demande internationale en roubles.

La première condition peut être atteinte par la conversion du rouble électronique en actif au moyen de la technologie BitCoin. Pour la seconde, exiger le paiement en roubles pour les exportations russes en énergie et en matériaux est un point essentiel.

Ce qu’on appelle ici la technologie Bitcoin est l’algorithme qui crée les BitCoins. Un BitCoin n’est rien de plus qu’un paquet de données. Certes, la plupart des données sont cryptées pour assurer son authenticité. Mais fondamentalement, un BitCoin possède une date d’émission, un émetteur, une dénomination, un numéro de série et un historique des transactions. Il est similaire à un rouble en billet papier, qui contient les mêmes informations et utilise un papier spécial, une encre spéciale, une gravure unique et un hologramme de sécurité pour garantir son authenticité.

Cet essai défend la conversion de tous les roubles dématérialisés en « ElectronicRoubles » (ER), que l’on définit comme un paquet de données contenant les informations suivantes :

  1. Dénomination
  2. Numéro de série
  3. Date d’émission
  4. Émetteur
  5. Historique des transactions crypté
  6. Code de sécurité, code crypté constitué d’une concaténation des champs précédents.

Pour empêcher la contrefaçon, tous les roubles électroniques sont enregistrés dans la base de données de la Banque Centrale de Russie (BCR), y compris le propriétaire de l’enregistrement.

Pour empêcher les ventes à découvert, seuls le propriétaire de l’enregistrement ou une bourse agréée sont autorisés à vendre des ER.

Les bourses agréées sont soumises à une contrainte supplémentaire : elles doivent effectuer un dépôt auprès de la BCR d’une quantité d’une once d’or pur pour 100 000 roubles mis en circulation, et sont sujettes à une amende d’une once d’or par 100 000 roubles volés ou contrefaits.

Ce mécanisme lie le rouble à l’or, sans pour autant le rendre convertible en or. Sa spécificité est d’empêcher les banques US et britanniques de vendre le rouble à découvert, la BCR ayant le pouvoir de contrôler toutes les ventes – renforçant par là même son monopole sur l’émission monétaire.

Comment cela fonctionnerait-il en pratique ? Considérons l’exemple suivant :

Le gouvernement russe paye 100 millions de roubles à Sukhoi pour des avions de chasse. Traditionnellement, cette opération consiste à créditer le compte bancaire de Suhkoi. Supposons que ce compte soit ouvert chez SberBank. En utilisant ER, le ministère de la Défense paye Sukhoi avec 100 billets électroniques, chacun ayant une valeur d’un million de roubles. Sukhoi dépose les billets à sa banque, SberBank. Avant de faire le dépôt, SberBank avertit la BCR de ce virement, et la BCR confirme l’authenticité de la transaction avec Sukhoi. La BCR recalcule le code de sécurité en utilisant la clé privée de 512 bits, puis réémet les billets à SberBank.

Un peu plus tard, Sukhoi paye 50 millions de roubles à ses employés et fournisseurs, par virement depuis son compte chez SberBank vers d’autres comptes, ceux-ci se trouvant chez SberBank et chez d’autres banques. De ce montant, 25 millions sont dus à AlfaBank. Sberbank transfère les 25 billets électroniques à AlfaBank. Cette dernière avertit la BCR de son achat, la BCR vérifie la transaction et l’ajoute à l’historique pour chaque billet, recalcule le code de sécurité en utilisant la clé privée, et réémet les 25 billets à AlfaBank.

Plus tard, l’Allemand Daimler, un client d’Alfabank, choisit de transférer 10 millions de roubles vers sa banque, Deutsche Bank, pour payer des produits importés de Russie. AlfaBank avertit Ex-Im Bank (Banque russe d’import-export, NDT) du virement international vers la Deutsche Bank, celle-ci confirme la réception des 10 millions de roubles, ExIm Bank avertit la BCR qui ajoute la transaction à l’historique, recalcule le code de sécurité et réémet les billets. Ceux-ci figurent maintenant sur la liste des transactions de Ex-Im Bank et sont considérés comme détenus en dehors du territoire russe.

Encore plus tard, le Nymex reçoit un ordre de vente de 10 millions de roubles électroniques venant de la Deutsche Bank. Le Nymex envoie les numéros de série à Ex-Im Bank, qui s’assure qu’elle en est bien propriétaire et vérifie leur authenticité. Si le propriétaire vend et que les billets sont authentiques, Ex-Im Bank avertit le Nymex. Sinon, les billets sont considérés comme volés ou contrefaits. Si le Nymex choisit de vendre les roubles électroniques sans en vérifier l’authenticité, la BCR peut saisir le collatéral que le Nymex avait placé initialement pour permettre les transactions sur le rouble, en proportion du volume des transactions non autorisées.

Par ce mécanisme sont éliminés les détournements et mouvements illégaux à l’étranger sur le rouble. La BCR sait exactement quelle quantité de roubles est détenue hors du territoire, elle connaît la demande quotidienne et annuelle en roubles des entreprises étrangères qui négocient des biens et services avec la Russie, ainsi que l’identité de ces entreprises.

De plus, ce mécanisme rend impossibles les ventes à découvert nues sur cette devise, car tous les roubles offerts à la vente doivent être authentifiés par la BCR ou par Ex-Im Bank, qui se réservent le droit de les acheter. Cela signifie en particulier que les contrats à terme sur le rouble doivent spécifier quels billets électroniques sont offerts à la vente. Les billets en question doivent être authentifiés avant que la position ne soit ouverte, car la BCR peut contrôler ce contrat à tout moment, et éventuellement exiger une amende payable en collatéral si le billet sous-jacent n’existe pas, est contrefait ou volé.

En réalité, cela élimine l’essentiel des échanges de contrats à terme sur le rouble.

George Oprisko
Traduit par Mathieu, relu par Sylvain pour vineyardsaker.fr

Source : Supporting the Rouble And Other Energy Exporter’s Currencies (vineyardsaker, anglais, 26-09-2014)

http://www.vineyardsaker.fr/2014/12/14/soutenir-le-rouble-et-les-devises-des-autres-exportateurs-denergie/